À l’approche des élections municipales de 2026, quelles stratégies les partis politiques vont-ils déployer ? Quelles reconfigurations partisanes dessineront-elles ? Émeric Bréhier et Sébastien Roy, respectivement directeur et membre de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès, analysent les enjeux électoraux de l’ensemble des formations politiques, entre conquêtes possibles de certaines villes pour les unes et zones de fragilité pour les autres.
À l’heure où l’instabilité politique a été accentuée par la dissolution de juin dernier, et alors que des formations politiques importantes vont vivre ce printemps leurs congrès respectifs – Les Écologistes, le Parti socialiste (PS), Les Républicains (LR) –, nombre d’édiles locaux ont d’ores et déjà les yeux tournés vers la prochaine échéance électorale : les municipales de mars 2026, si aucune dissolution n’intervient d’ici là.
Au-delà même de leur importance pour chacune des communes françaises, et des choix de politiques publiques afférentes, mais aussi pour les intercommunalités auxquelles elles sont liées, ces prochaines élections municipales sont à plus d’un titre d’intérêt :
- d’abord, évidemment, elles seront l’ultime (normalement) moment de compétition électorale avant la reine des batailles sous la Ve République que constitue l’élection présidentielle ; on notera au passage que les municipales sont, en dehors des dernières en période de Covid-19, les élections qui, avec la présidentielle, sont celles qui mobilisent le plus ;
- ensuite, car elles constitueront à n’en pas douter l’un de ces moments où les organisations politiques et leurs leaders – quel que puisse être par ailleurs l’état de décomposition de la scène politique – ont également en tête la nécessité de disposer des 500 parrainages nécessaires pour pouvoir présenter un candidat ou une candidate à l’élection présidentielle. Or, les maires en constituent l’essentiel ;
- enfin, car ces élections permettront également de vérifier si la séparation des scènes politiques nationale et locales constatée lors des dernières élections municipales, départementales et régionales se vérifie ou s’il ne s’agissait au final que d’un épiphénomène conjoncturel.
À ces enjeux globaux viennent s’ajouter, et s’inclure, d’autres plus internes à chacun des « blocs » ou des « familles » politiques. Pêle-mêle, citons-en quelques-uns.
- La France insoumise (LFI) parviendra-t-elle – enfin – à s’ancrer durablement dans ses terres d’élections législatives cette fois-ci en ne faisant pas l’impasse sur ces élections ?
- Le Parti communiste (PC), qui ne cesse de perdre des positions municipales élection après élection, parviendra-t-il à conserver les quelques municipalités qu’il gère encore, voire à reconquérir quelques-unes de ces pertes historiques de 2020, notamment dans le Val-de-Marne ?
- Les Écologistes, qui avaient effectué une véritable percée lors du dernier scrutin, conserveront-ils leurs gains, alors même que ceux-ci furent obtenus dans des configurations politiques parfois fort différentes d’un territoire à l’autre, et choisiront-ils de s‘allier avec LFI ou le Parti socialiste dans les villes cœur de métropole où sont élus la majeure partie de leurs députés ?
- Le PS résistera-t-il aux coups de boutoir de la formation de Jean-Luc Mélenchon, mais également à ceux des Écologistes en certains endroits notamment métropolitains, voire à ne pas seulement conserver ses places fortes mais à en reprendre quelques-unes au « bloc » central ou à la droite, ou enfin à résister aux offensives du Rassemblement national (RN) ?
- Le « bloc » central parviendra-t-il à conserver ses positions alors même que les divisions l’étreignent un peu partout sur le territoire et que ses maires sont souvent issus de trajectoires politiques bien différentes ?
- Quant aux maires issus de la droite républicaine, ils sont confrontés à des concurrences parfois classiques de la part de forces politiques situées à gauche, mais parfois aussi (surtout ?) de la part du Rassemblement national. Dans ce cadre, la tentation de faire alliance avec ce dernier emportera-t-elle les édiles républicains, donnant ainsi raison, avec quelques mois de retard, au pari d’Éric Ciotti à l’occasion des dernières législatives ?
- Enfin, le Rassemblement national parviendra-t-il, dans la droite ligne des dernières élections européennes et législatives, à poursuivre son implantation territoriale ? À cet égard, il sera particulièrement intéressant de voir si les conquêtes lors des dernières élections législatives lui permettent de s’inscrire durablement et puissamment dans les territoires municipaux. Car en 2020, la poussée RN attendue ne s’était pas produite à l’exception de la prise de Perpignan par Louis Alliot. Les maires RN étaient « juste » parvenus – ce qui n’est pas rien – à être très bien reconduits.
Afin d’aborder l’ensemble de ces enjeux, nous sommes partis, au-delà d’interrogations plus locales, des données issues des dernières élections européennes et législatives et de l’orientation politique des maires élus en 2020. Une précision s’impose ici : par souci méthodologique, nous avons estimé que l’étiquette du maire de 2020 prévalait (sauf en cas de partielle bien sûr). Et ce, même si, nous le savons bien, il est arrivé depuis lors que des maires changent suite à des démissions (ce fut le cas à Marseille comme à Vauréal), ou bien que certains quittent le parti auquel ils appartenaient pour en rejoindre un autre.
Se pencher sur les éventuelles dichotomies entre l’étiquette d’un député élu en juin dernier et les orientations politiques des maires des communes de plus de 10 000 habitants peut donner une indication des zones de fragilité, ou d’espoir de conquête, pour chacune des forces politiques. Ces deux élections donnent en effet une indication à la fois des rapports de force nationaux et locaux, comme des perspectives d’affaiblissement ou de développement des forces politiques. Bien évidemment, nous n’ignorons pas que les logiques politiques diffèrent grandement.
Les élections européennes mobilisent traditionnellement moins que les deux autres et font fi des réalités locales particulières. Par essence, elles constituent, en grandeur nature, une photographie des rapports de force à un moment donné. Bien sûr, historiquement, elles ont pu servir de « défouloir » démocratique profitant à des forces politiques non centrales. Beaucoup s’en sont d’ailleurs mordu les doigts, pensant que leur succès à l’occasion de ces échéances particulières valait quitus pour une stratégie politique pertinente lors d’élections locales ou nationales suivantes. Ce fut pendant longtemps le cas pour le Rassemblement national, comme ce fut le cas pour Les Écologistes en 2009 ou en 2019, avec les déceptions qui suivirent en 2012 puis en 2022. L’intérêt de ces dernières élections européennes tient aussi au fait que ce fut la dernière fois que les différentes familles de gauche rassemblées aux législatives de 2022 comme de 2024 se présentèrent aux suffrages des électeurs de manière indépendante les unes des autres. Enfin, bien sûr, la participation électorale plus faible aux européennes peut parfois induire des erreurs sur la réalité des rapports de force électoraux localement.
Les dernières élections législatives sont également intéressantes pour notre réflexion « pré-municipales ». Même si là aussi des précautions d’usage s’imposent : chacun connaît nombre de communes réélisant leurs maires aisément alors même que sur le plan national le comportement des électeurs diffère grandement. L’électeur sait parfaitement différencier ce qui relève des dynamiques politiques nationales de la réalité d’une gestion locale. Cela n’empêche bien évidemment pas les phénomènes de balancier comme l’ont montré les crus de 2008 et de 2014, mais céder à la tentation d’une transposition mécanique constituerait une erreur. Toutefois, les résultats des législatives de 2024 peuvent signifier des dynamiques politiques nationales ancrées dans des réalités territoriales. Ainsi, se pencher sur la dichotomie éventuelle des couleurs politiques du député et des maires au sein d’une circonscription peut permettre de mieux saisir les enjeux locaux pour telle ou telle formation politique. Avec, immédiatement, la difficulté pour certaines organisations politiques : parvenir à constituer les listes et trouver des têtes de liste capables, non pas seulement de mener campagne, mais aussi de gérer une ville.
Répartition des villes de plus de 10 000 habitants en France métropolitaine1Voici la liste des partis politiques cités dans les tableaux ci-dessous : La France insoumise (LFI), la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), le Parti communiste (PC), Europe Écologie-Les Verts (EELV) aujourd’hui appelé Les Écologistes, Génération·s (G·s), le Mouvement républicain et citoyen (MRC), le Parti socialiste (PS), Divers gauche (DVG), Place publique (PP), le Parti radical de gauche (PRG), Divers centre (DVC), La République en marche, aujourd’hui appelée Renaissance, MoDem (MOD), Agir – la droite constructive (Agir), Horizons (HOR), Divers droite (DVD), Nouveau Centre (NC), Union des démocrates et indépendants (UDI), Les Républicains (LR), Debout la France (DLF), Mouvement pour la France (MPF), le Rassemblement national (RN), Extrême droite (Ext. D.).| LFI | FASE | PC | EELV | G.s | GRS | MRC | PS | DVG | PP | PRG |
| 0,00 % | 0,11 % | 5,00 % | 2,07 % | 0,11 % | 0,00 % | 0,22 % | 17,61 % | 8,48 % | 0,11 % | 0,22 % |
| DVC | LREM | MOD | Agir | HOR |
| 1,96 % | 5,43 % | 1,30 % | 0,22 % | 0,76 % |
| DVD | NC | UDI | LR |
| 14,67 % | 0,11 % | 5,43 % | 29,46 % |
| DLF | MPF | RN | Ext. D. |
| 0,00 % | 0,11 % | 1,09 % | 0,33 % |
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Pour La France insoumise, les enjeux sont particulièrement nombreux.
Tout d’abord, il s’agit de revenir sur l’erreur stratégique des dernières élections locales en 2020 comme régionales en 2021. En effet, à cette occasion, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon avait plutôt joué à « impair et passe », s’échinant à essayer de monter des listes dites « citoyennes » pour déborder des structures partisanes encore résilientes, par ailleurs peu enclines à lui faire une place notamment au sein des conseils municipaux. Cette stratégie l’avait conduit à presque disparaître de cette élection, et parfois même à se maintenir au second tour contre une autre liste de gauche face à un maire de droite sortant, comme cela fut le cas à Bordeaux, au risque de voir une réelle opportunité de basculement de la ville ne pas devenir réalité.
Les élections européennes d’abord, les élections législatives ensuite ont d’ailleurs démontré que de réelles possibilités existaient. Le discours politique sera d’autant plus aisé à tenir au lendemain des élections que LFI ne peut compter à ce jour aucun maire sortant dans les villes de plus de 10 000 habitants ! La progression est donc certaine, quasi automatique. Elle l’est d’autant plus que les députés LFI sont bien souvent élus dans les meilleures circonscriptions les plus ancrées à gauche. Toutefois, si l’on compare les scrutins de 2022 et de 2024, une tendance se dessine. Les candidats LFI ne surperforment pas. Le scrutin de juin 2024 le prouve : la FI compte 72 députés et le PS 662Site de l’Assemblée nationale, rubrique « Effectif des groupes politiques », XVIIe législature. alors que le PS s’est présenté dans 100 circonscriptions de moins. Et si l’on remonte à 2022, on se rappellera que, face au RN, les candidats LFI n’avaient gagné qu’un tiers de leurs duels, alors que sur le même scrutin les candidats PS ou PC en avaient gagné les deux tiers et même un peu plus pour les socialistes3Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Une proportionnelle en trompe-l’œil. Enseignements des élections législatives de juin 2022, Le Bord de l’eau, 2022 ; Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Législatives de 2024 : de la sidération à l’effarement, Fondation Jean-Jaurès, août 2024.. La domination électorale de son leader à l’occasion de la dernière élection présidentielle a de fait favorisé l’obtention, pour les cadres les plus méritants de cette formation politique, des meilleures circonscriptions.
Lorsque l’on croise chacun de ces éléments, la liste est longue des villes où la liste LFI aux européennes a surperformé et où le député de la circonscription est LFI. Bien sûr, il y a dans le lot des villes d’ores et déjà dirigées par des alliances au sein desquelles LFI est présente, comme Grenoble. D’autres également où l’on voit mal LFI se présenter contre le maire sortant, comme Strasbourg dirigée par une édile écologiste.
Premier élément, sur notre échantillon de 922 communes de plus de 10 000 habitants, 155 d’entre elles ont un député LFI. Il convient ici de préciser un élément statistique : bien sûr, dans les grandes villes, mais pas seulement, il peut y avoir plusieurs députés dans un même ressort communal. Ainsi, à Lille, nous comptons quatre députés : un LFI, deux Renaissance et un socialiste. On constatera que parmi ces 155 communes, plus des deux tiers sont dirigées par des maires issus de la gauche : PS (41), DVG (20), PC (15) ou EELV (8). Proportion importante mais somme toute logique dès lors que l’on se remémore que ceux-ci ont bien souvent été élus (ou réélus) en 2024 dans des circonscriptions historiquement à gauche. Fort logiquement parmi celles-ci, on relèvera une quasi-absence de villes hors Île-de-France (sauf Vénissieux et Vaulx-en-Velin, toutes deux dans le Rhône), avec des scores aux européennes bien supérieurs (au-dessus de 30%) au score national de la liste conduite par Manon Aubry4Pour rappel, la liste La France insoumise – Union populaire a fait 9,89% des voix et obtenu 9 sièges au Parlement européen. Voir sur le site du ministère de l’Intérieur, Publication des candidatures et des résultats aux élections européennes 2024., mais également des résultats très conséquents lors du premier tour des élections législatives ayant suivi.
Ainsi, au sein des villes dirigées par un ou une maire PC, relevons :
| Ville | Département | Score aux européennes en % | Score au premier tour des législatives en % |
| Bobigny | 93 | 52,95 | 41,84 |
| Grigny | 91 | 44,05 | 66,96 |
| Vénissieux | 69 | 42,22 | 60,32 |
| Tremblay-en-France | 93 | 43,5 | 59,98 |
| Noisy-le-Sec | 93 | 41,32 | 64,57 |
| Ivry-sur-Seine | 94 | 34,85 | 63,01 |
| Choisy-le-Roi | 94 | 34,28 | 55,52 |
| Bagneux | 92 | 33,68 | 58,75 |
| Vitry-sur-Seine | 94 | 34,13 | 57,18 |
| Mitry-Mory | 77 | 32,75 | 47,3 |
Au sein des villes dirigées par un ou une maire PS ou DVG, relevons :
| Ville | Département | Score aux européennes en % | Score au premier tour des législatives en % |
| Clichy-sous-Bois | 93 | 54,23 | 68,49 |
| Saint-Denis | 93 | 50,37 | 69,83 |
| Vaulx-en-Velin | 69 | 48,16 | 65,02 |
| Sevran | 93 | 47,24 | 66,13 |
| Villiers-le-Bel | 95 | 46,22 | 66,74 |
| Orly | 94 | 41,67 | 55,99 |
| Bezons | 95 | 40,68 | 55,12 |
| Gonesse | 95 | 38,73 | 49,22 |
| Sarcelles | 95 | 37,89 | 57,36 |
| Saint-Ouen | 93 | 35,55 | 64,59 |
| Pantin | 93 | 35,54 | 71,43 |
| Cergy | 95 | 35,01 | 56,81 |
| Romainville | 93 | 33,08 | 63,04 |
| Noisiel | 77 | 30,98 | 54,14 |
| Le Pré-Saint-Gervais | 93 | 30,75 | 66,58 |
| Villeparisis | 77 | 30,6 | 45,07 |
| Créteil | 94 | 30,16 | 54,31 |
Au sein des villes LR, DVD ou UDI, relevons :
| Ville | Département | Score aux européennes en % | Score au premier tour des législatives en % |
| Villepinte | 93 | 49,94 | 61,5 |
| Aubervilliers | 93 | 48,42 | 71,95 |
| Épinay-sur-Seine | 93 | 47,39 | 63,18 |
| Saint-Fons | 69 | 46,53 | 62,77 |
| Bondy | 93 | 45,68 | 64,91 |
| Argenteuil | 95 | 43,36 | 56,28 |
| Montmagny | 95 | 41,57 | 53,8 |
| Aulnay-sous-Bois | 93 | 40,23 | 55,59 |
| Villeneuve-Saint-Georges | 94 | 39,18 | 55,9 |
| Drancy | 93 | 38,17 | 27,51 |
| Le Bourget | 93 | 37,58 | 33,68 |
| Montfermeil | 93 | 34,51 | 46,84 |
| Corbeil-Essonnes | 91 | 33,96 | 57,91 |
| Vigneux-sur-Seine | 91 | 30,96 | 47,8 |
Et il conviendrait encore d’ajouter des villes comme Goussainville (46,85% aux européennes5« Résultats des élections européennes 2024 à Goussainville », Le Monde.), Évry (36,71% aux européennes6« Résultats des élections européennes 2024 à Évry-Courcouronnes », Le Monde.), Garges-Lès-Gonesse (55,55% aux européennes7« Résultats des élections européennes 2024 à Garges-Lès-Gonesse », Le Monde.) ou même Roubaix (42,84% aux européennes8« Résultats des élections européennes 2024 à Roubaix », Le Monde.).
Bien évidemment, cette liste n’induit pas des victoires pour LFI dans chacune de ces communes. D’abord car faudrait-il encore que le parti fasse le choix de partir à leur conquête. Ensuite, car bien sûr il faut aussi trouver le nombre de candidats suffisants pour constituer une liste. Mais plus encore, peut-être, faut-il que la concurrence à gauche soit écrasée. Or, même dans ces communes où les scores sont très importants, rien n’indique que ce soit forcément le cas dans certaines d’entre elles. Ainsi, dans les villes PS ou DVG, comme Cergy-Pontoise ou Noisiel9« Résultats des élections européennes 2024 à Noisiel », Le Monde., si l’écart est important, la liste Glucksmann y frôle les 15%, à Saint-Ouen-sur-Seine, elle tangente avec les 20%10« Résultats des élections européennes 2024 à Saint-Ouen-sur-Seine », Le Monde., qu’elle dépasse à Pantin11« Résultats des élections européennes 2024 à Pantin », Le Monde. ou au Pré-Saint-Gervais12« Résultats des élections européennes 2024 à Le Pré-Saint-Gervais », Le Monde.. La lutte peut y être farouche mais elle n’est pas gagnée pour autant pour une tête de liste LFI. A contrario, les scores réalisés lors de ces deux élections laissent augurer des situations bien plus complexes dans d’autres communes comme à Bezons, Villeparisis, Saint-Denis, Vaulx-en-Velin, Sarcelles, Clichy-sous-Bois, Orly, Sevran ou bien encore Villiers-le-Bel. La chose est bien plus délicate pour les villes PC. Le très faible score de la liste aux européennes13Sofiane Orus Boudjema, « Élections européennes 2024 : les communistes sous la barre des 3% », Le Monde, 9 juin 2024. y donne moins d’indications que pour les villes PS ou DVG. Certes, ces villes appartiennent à l’histoire bien documentée et réelle du communisme municipal mais celle-ci fait de plus en plus figure de traces archéologiques.
Fort logiquement, compte tenu de la nature des circonscriptions tenues par La France insoumise, plus rares sont les communes avec un maire non rattaché à une des branches de la gauche française. On relèvera d’ailleurs que la plupart des villes se trouvent également en région parisienne. Parmi celles dirigées par des membres de l’UDI ou DVD, Aubervilliers, Épinay-sur-Seine et dans une moindre mesure Drancy peuvent sembler plus fragiles. Dans la première, la liste de Manon Aubry frôle les 50% aux élections européennes (48,42%)14« Résultats des élections européennes 2024 à Aubervilliers », Le Monde., à l’instar d’Épinay-sur-Seine (47,39%)15« Résultats des élections européennes 2024 à Épinay-sur-Seine », Le Monde. lorsqu’à Drancy, elle approche des 40% (38,17%)16« Résultats des élections européennes 2024 à Drancy », Le Monde.. Quant à celles dirigées par des maires membres des Républicains – Argenteuil, Aulnay-sous-Bois, Montmagny, Villepinte –, toutes voient la liste LFI dépasser les 40% aux élections européennes et, dans chacune d’entre elles, un ou une député·e LFI est élu·e quelques semaines plus tard. Et parfois avec des scores très importants dès le premier tour : 56,28% à Argenteuil17« Résultats des élections législatives 2024 à Argenteuil », Le Monde., 53,59% à Aulnay-sous-Bois18« Résultats des élections législatives 2024 à Aulnay-sous-Bois », Le Monde., 43,8% à Montmagny19« Résultats des élections législatives 2024 à Montmagny », Le Monde. et 61,5% à Villepinte20« Résultats des élections législatives 2024 à Villepinte », Le Monde.. Les candidats LFI-NFP dépassent également les 40% au premier tour des législatives dans d’autres communes tenues par des maires LR. Parmi elles citons Arnouville (95), Bron (69), Chelles (77), Dammarie-les-Lys (77), Juvisy-sur-Orge (91), Limoges (87), Montfermeil (93), Noisy-le-Grand (93), Villeneuve-le-Roi (94) ou encore Angoulême (16). Toutefois, c’est bien le caractère rassemblé de leurs candidatures qui ici aussi a permis d’atteindre ces scores. Cela n’induit pas une domination sans partage de LFI, dès lors que l’on regarde les scores aux européennes : ainsi à Angoulême, la liste soutenue par le PS dépasse les 19%, lorsque celle de LFI atteint les 17% et que celle des écologistes dépasse de loin sa moyenne nationale avec près de 8,5% des suffrages21« Résultats des élections européennes 2024 à Angoulême », Le Monde.. À Limoges, l’écart est plus favorable encore à la liste conduite par Glucksmann (19,96 contre 12,31 pour la liste de Manon Aubry)22« Résultats des élections européennes 2024 à Limoges », Le Monde..
Répartition des étiquettes politiques des maires des communes de plus de 10 000 habitants avec un ou une député·e LFI
| Divers et sans étiquette (SE) | 7,09 % |
| Gauche | 66,14 % |
| Bloc présidentiel | 8,66 % |
| Droite | 38,58 % |
| Extrême droite | 1,57 % |

Mais, au-delà des objectifs locaux, réels, c’est bien d’un tout autre enjeu qu’il s’agit pour le parti de Jean-Luc Mélenchon : l’autonomie – et la tranquillité – pour l’obtention des 500 parrainages. On se souvient, à cet égard, que celle-ci ne fut pas, loin de là, un long fleuve tranquille lors de chacune de ses candidatures présidentielles. On se souvient ainsi qu’en 2017, s’il a passé le couperet des parrainages sans grande difficulté, ce fut d’abord et avant tout grâce au soutien de 617 maires dont nombre d’entre eux se situaient dans la zone d’influence d’un Parti communiste qui, alors, en avait fait également son candidat. Certes, depuis lors, il peut disposer de l’ensemble de son groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et de la plupart des conseillers départementaux et régionaux qui avaient soutenu sa candidature en 2022 (puisque leurs mandats ne seront renouvelés qu’en 2028), certes 566 maires l’avaient parrainé lors de la dernière élection23Site du Conseil constitutionnel. mais chacun a encore en mémoire l’énergie que ses équipes avaient dû déployer pour les obtenir. Énergie ayant conduit – une fois de plus – à un débat sur la légitimité de ce système24On renverra ici à Jérôme Fourquet, Analyse et géographie des parrainages en faveur des différents candidats à la présidentielle, Fondation Jean-Jaurès, 12 mars 2022 ; et Émeric Bréhier, Les parrains de la République, Fondation Jean-Jaurès, 2 décembre 2021. et à la mise en place d’un système de démocratie des parrainages. Ses proches ont d’ailleurs reconnu que ces dernières semaines, convaincus de la nécessaire et prochaine démission du président de la République, ils avaient d’ores et déjà entamé les démarches pour obtenir des engagements de signature25Par exemple, Mathilde Panot, Le Figaro, 13 janvier 2025.…
Le PS, après la résistance à la vague de 2017, voici venu le temps des coucous
En 2020, malgré quelques pertes, le PS que tout le monde avait laissé pour mort trois ans avant avait plutôt bien résisté. Il avait engrangé de belles victoires qui avaient caché quelques pertes plus ou moins significatives. Ainsi, les victoires de Michaël Delafosse à Montpellier, de Clovis Cassan aux Ulis, de Nadège Azzaz à Châtillon, de Mathieu Klein à Nancy, de Yann Galut à Bourges ou bien encore de Karim Bouamrane et Mathieu Hanotin respectivement à Saint-Ouen et Saint-Denis avaient fait passer sous silence les pertes de quelques bastions comme Metz, Poitiers ou Neuilly-sur-Marne. Ces municipales avaient d’ailleurs redonné un peu de couleur aux socialistes qui, à cette occasion et à raison, avaient pu dire qu’on les avait peut-être enterrés bien vite. D’autant qu’ils avaient conservé Nantes, Rennes, Lille, Paris. À quoi il faut ajouter Marseille qui, un an après l’élection d’une maire DVG, a vu un socialiste devenir primus inter pares de la deuxième ville de France. Mais l’on avait bien relevé malgré tout que ses conquêtes, bien réelles, n’avaient pas été à la hauteur des nombreuses et lourdes pertes de 2014. Les socialistes n’avaient donc pas bénéficié d’un phénomène de balancier. Tout simplement car ils n’incarnaient pas seuls l’opposition au pouvoir en place : Les Républicains et la droite en général pouvaient prétendre l’incarner tout autant.
Le risque pour le PS est double : mal gérer les successions, comme ce fut le cas à Metz en 2020, et voir leurs concurrents s’implanter et grignoter leur espace – à ce titre, le danger de cette concurrence est incarné par la FI et Les Écologistes. Même si, en ce qui concerne ces derniers, il existe une différence entre 2026 et les municipales précédentes : ils ont désormais à gérer, et pour la première fois de leur histoire, un collectif de sortants26Même si, ici, il convient de rappeler que les investitures aux municipales dépendent des groupes locaux, ce qui rend la tâche des responsables nationaux plus ardue..
Quant aux communes de plus de 10 000 habitants ayant un député socialiste27Rappelons que le groupe à l’Assemblée nationale compte 66 députés dont 4 apparentés, mais que certains députés élus – en désaccord avec l’accord du NFP – avec le soutien du Parti socialiste, ou de certaines de ses figures, appartiennent au groupe LIOT., on relèvera ainsi qu’un peu plus de la moitié (53%) ont un maire issu de la gauche, un peu moins de 9% appartient au « bloc » présidentiel et un tiers à la droite.
Parmi les villes dirigées par la droite, relevons :
| Ville | Département | Score aux européennes en % | Score au premier tour des législatives en % |
| Palaiseau | 91 | 22,3 | 40,8 |
| Caen | 14 | 21,79 | 48,97 |
| Pessac | 33 | 21,3 | 41,16 |
| Bayonne28Même si, depuis son élection, le maire de Bayonne a rejoint les rangs du parti présidentiel. | 64 | 20,56 | 38,69 |
| Villers-Lès-Nancy | 54 | 19,72 | 36,75 |
| Riom | 63 | 19,61 | 41,67 |
| Ifs | 14 | 19,29 | 41,41 |
| Conflans-Sainte-Honorine | 78 | 17,25 | 39,91 |
| Joué-lès-Tours | 37 | 16,23 | 36,33 |
| Valence | 26 | 15,42 | 39,17 |
| Bischheim | 67 | 14,34 | 38,94 |
Parmi les villes administrées par le « bloc présidentiel », relevons :
| Ville | Département | Score aux européennes en % | Score au premier tour des législatives en % |
| Hérouville-Saint-Clair | 14 | 20,74 | 52,63 |
| Saint-Orens-de-Gameville | 31 | 20,38 | 34,63 |
| Plaisance-du-Touch | 31 | 20,31 | 34,82 |
| Saintes | 17 | 18,98 | 34,56 |
On relèvera par ailleurs, concernant les 291 mairies PS-DVG-PRG recensées, la répartition suivante des députés élus en juin dernier :
| Formation politique | Nombre de députés |
| LFI | 76 |
| PC | 17 |
| EELV | 24 |
| PS | 64 |
| REN | 56 |
| LR | 14 |
| RN | 65 |
Sans grande surprise, on notera ainsi que plusieurs communes dans les régions des Hauts-de-France ou du Sud, dirigées par des maires DVG ou PS, ont vu élire un député RN avec des scores faibles des candidats du NFP au premier tour des législatives et des scores peu flatteurs de ses différentes listes lors des européennes : La Trinité (06), Auriol (13), Istres (13), Saint-Martin-de-Crau (13), Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (13), Berre-l’Étang (13), Miramas (13), Vitrolles (13), Carpentras (84), Monteux (84), Fos-sur-Mer (13), Tergnier (02), Vieux-Condé (59), Lillers (62), Chauny (02), Clermont (60), Bully-les-Mines (62), Boulogne-sur-Mer (62), Lens (62), Liévin (62), Nœux-les-Mines (62), Chambly (60), etc. On relèvera également, parmi d’autres, les villes de Castelnaudary (11), de L’Isle-d’Abeau (38) ou de Limoux (11).
Répartition des étiquettes politiques des maires des communes de plus de 10 000 habitants avec un ou une député·e PS
| Divers et sans étiquette (SE) | 4,72 % |
| Gauche | 53,54 % |
| Bloc présidentiel | 8,66 % |
| Droite | 33,07 % |
| Extrême droite | – |

Le PC, entre coups de boutoirs du RN et grignotage de gauche
S’ils sont peu nombreux, les députés communistes hexagonaux sont élus dans près d’une trentaine de villes de plus de 10 000 habitants. Vingt d’entre elles sont dirigées par des maires de gauche, équitablement répartis entre les communistes, les socialistes et DVG. On relèvera d’ailleurs que dans ces villes communistes, la liste européenne surperforme généralement par rapport à la moyenne nationale : plus de 10% à Vierzon (18)29« Résultats des élections européennes 2024 à Vierzon », Le Monde., et Oissel (76)30« Résultats des élections européennes 2024 à Oissel », Le Monde., plus de 9% à Dieppe (76)31« Résultats des élections européennes 2024 à Dieppe », Le Monde., à Saint-Étienne-du-Rouvray (76)32« Résultats des élections européennes 2024 à Saint-Étienne-du-Rouvray », Le Monde., ce qui n’est pas le cas dans toutes les autres communes dans lesquelles des députés membres du groupe communiste à l’Assemblée nationale ont été élus en juillet dernier. De même relèvera-t-on que, parmi ces députés, certains sont des dissidents du parti Gauche républicaine socialiste (Emmanuel Maurel à Cormeilles-en-Parisis, Herblay, Taverny et Montigny-lès-Cormeilles).
Si l’on se penche plus spécifiquement sur les mairies tenues par un édile communiste, on relèvera que l’empreinte du communisme municipal, même en déclassement, subsiste par endroits. Ainsi, la liste du PC aux européennes obtient près de 20% à Port-de-Bouc (13)33« Résultats des élections européennes 2024 à Port-de-Bouc », Le Monde., près de 17% à Saint-Amand-les-Eaux (59)34« Résultats des élections européennes 2024 à Saint-Amand-les-Eaux », Le Monde., plus de 17% à Avion (62)35« Résultats des élections européennes 2024 à Avion », Le Monde., ou plus de 12% à Bonneuil-sur-Marne (94)36« Résultats des élections européennes 2024 à Bonneuil-sur-Marne », Le Monde.. Toutefois, si dans quasiment toutes ces villes le score de la liste est de fait supérieur à la moyenne, les niveaux obtenus sont faibles, et très souvent écrasés par ceux obtenus souvent par LFI, parfois par le RN. On relèvera ainsi que tant à Montataire (60) qu’à Port-de-Bouc (13), qu’à Châlette-sur-Loing (45) ou qu’à Avion (62), les candidats du Rassemblement national dépassent les 40% dès le premier tour des législatives37À Montataire par exemple, le RN a obtenu 43,10% au premier tour. Cf. « Résultats des élections législatives 2024 à Montataire », Le Monde. !
Les Écologistes, le devoir de danser sur un électorat instable
En 2020, la percée verte fut remarquable et indéniable. Les prises de Strasbourg, Tours, Bordeaux, Poitiers, Besançon, Lyon marquaient, avec la conservation de Grenoble, une entrée remarquée dans le concert des maires de France.
Mais la difficulté pour Les Écologistes est qu’ils sont élus sur des métropoles ou des grandes villes dont l’électorat oscille selon les scrutins et les tendances des sondages entre le PS, LFI et l’ancienne majorité présidentielle. Avec cette difficulté pour Les Écologistes qui est depuis très longtemps un relatif hiatus entre leurs dirigeants et une base plus à gauche que l’état-major. Et si on ajoute à ces deux difficultés le fait que dans la plupart des villes Les Écologistes y sont dans des coalitions aux périmètres politiques très variés, on voit bien que ces prochaines municipales ne seront pas simples à gérer pour une direction nationale chahutée à l’approche de son congrès. Ainsi, si à Grenoble depuis 2014 ils sont alliés avec LFI contre les socialistes, ils sont alliés aux socialistes à Bordeaux, Tours ou Besançon mais sont opposés à ces derniers à Poitiers comme à Strasbourg. Et même dans les communes où ils sont alliés avec les socialistes, sous la houlette d’un maire socialiste, ils leur ont parfois pris des cantons à l’occasion des dernières départementales38Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Régionales et départementales : une synthèse de la vie politique française, Fondation Jean-Jaurès, 5 juillet 2021..
Bonne nouvelle toutefois, dans ces villes où le premier édile est un écologiste, le score aux européennes39Pour rappel, la liste Europe Écologie de Marie Toussaint a fait 5,5% des voix. fait bien souvent le double de la moyenne nationale : 10,14% à Arcueil40« Résultats des élections européennes 2024 à Arcueil », Le Monde., 10,27% à Poitiers41« Résultats des élections européennes 2024 à Poitiers », Le Monde., 11,18% à Lyon42« Résultats des élections européennes 2024 à Lyon », Le Monde., 10,99% à Bordeaux43« Résultats des élections européennes 2024 à Bordeaux », Le Monde., mais aussi plus de 9% à Strasbourg44« Résultats des élections européennes 2024 à Strasbourg », Le Monde., 9,16% à Besançon45« Résultats des élections européennes 2024 à Besançon », Le Monde., 8,89% à Tours46« Résultats des élections européennes 2024 à Tours », Le Monde. – ce qui ne leur évite toutefois pas d’être largement distancés dans chacune de ces communes soit par LFI, soit par le PS, soit par les deux ! Ainsi à Strasbourg, LFI les devance de 12 points et le PS fait le double de leur score ; à Tours, le PS les devance de 10 points et LFI de 5 ; à Bordeaux, le PS compte 11 points d’avance sur la liste soutenue par le maire sortant. On relèvera également quelques scores démontrant l’existence d’un électorat significatif dans des villes pouvant constituer des objectifs crédibles pour des listes estampillées de gauche : Orléans (45) où Les Écologistes atteignent presque 8%47« Résultats des élections européennes 2024 à Orléans », Le Monde., à Cesson-Sévigné (35) où ils frôlent les 10%48« Résultats des élections européennes 2024 à Cesson-Sévigné », Le Monde., mais également à Toulouse (31) où ils les dépassent49« Résultats des élections européennes 2024 à Toulouse », Le Monde., ou bien à Saint-Sébastien-sur-Loire (44) avec près de 11%50« Résultats des élections européennes 2024 à Saint Sébastien sur Loire », Le Monde.. Quant aux villes avec des maires socialistes ou communistes, là aussi leurs scores aux européennes peuvent être significatifs : plus de 11% à Bagnolet (93)51« Résultats des élections européennes 2024 à Bagnolet », Le Monde., plus de 9% à Montpellier (34)52« Résultats des élections européennes 2024 à Montpellier », Le Monde., plus de 14% à Rennes (35)53« Résultats des élections européennes 2024 à Rennes », Le Monde., chiffre qu’ils frôlent à Nantes (44)54« Résultats des élections européennes 2024 à Nantes », Le Monde., et près de 11% à Cachan (94)55« Résultats des élections européennes 2024 à Cachan », Le Monde..
LR, la tête entre le marteau et l’enclume
LR après son échec de 2017 était sorti triomphant des municipales de 2020, raflant presque 280 villes de plus de 10 000 habitants sur les 920 que compte le pays, soit plus de 30%. De très loin la première force, le PS arrivant deuxième avec un peu plus de 18%. Mais, depuis, le contexte a changé. Le décrochage de LR déjà enregistré en 2019 aux européennes a été confirmé deux fois depuis 2020 : une première en 2022 avec le score de la candidate des Républicains sous les 5% lors de l’élection présidentielle56Site du gouvernement, « Élection présidentielle 2022 : les résultats du premier tour ». et un score aux européennes de 2024 encore un peu plus sévère que celui de 2019 avec 7,25%57Site du ministère de l’Intérieur, « Publication des candidatures et des résultats aux élections ». cette année, contre 8,48%58Voir Élections européennes 2019 : les résultats, Vie publique, 30 mai 2019. cinq ans auparavant.
Cette fois, les maires LR élus en 2020 sont nombreux à avoir vu leurs électeurs ne pas voter pour les candidats de leur parti. Et effectivement, en regardant le détail, le bilan n’est pas brillant. Sur les quelque 280 maires LR des villes de plus de 10 000 habitants, seuls 8,57% d’entre eux ont vu un député LR élu sur leurs territoires quand 25% d’entre eux voient un député RN élu et 27,5% un député du bloc présidentiel élu. Ces chiffres sont parfois encore plus terribles si on isole les maires LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) : l’implantation de députés RN sur les villes LR atteint 83%. Les chiffres des dernières législatives sont clairs : LR voit se refermer sur lui la mâchoire constituée par le bloc présidentiel sur sa gauche et le RN sur sa droite. Situation complexe dans laquelle le PS a été enfermé par symétrie opposée depuis 2017 et dont l’étau semble tout juste commencer à se desserrer. Même Troyes, la ville de François Baroin, a vu l’implantation d’un député RN.
À cette difficulté s’ajoute en Île-de-France la concurrence de LFI singulièrement en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise. Ainsi Argenteuil, Clichy-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois, Villepinte semblent fragiles. On pourrait y ajouter dans les Yvelines la ville de Mantes-la-Jolie où la liste LFI aux dernières européennes a dépassé les 43%59« Résultats des élections européennes 2024 à Mantes-la-Jolie », Le Monde., ou bien Valenton (bastion communiste passé à droite en 2020) où la liste de Manon Aubry dépasse les 45%60« Résultats des élections européennes 2024 à Valenton », Le Monde.. Bien sûr, l’exemple de la dernière élection municipale partielle de Villeneuve-Saint-Georges peut permettre à la droite de demeurer optimiste. D’autant que, heureusement pour ces maires LR, LFI a choisi de faire des socialistes des concurrents. En effet, la carte récemment dévoilée dans la presse énumérant les villes ciblées par LFI exclut toute ville de droite, ne ciblant que des villes PS. Le Parti socialiste peut nourrir également quelques espoirs de (re)conquête, comme à Ifs (14), Valence (26), Palaiseau (91), Limoges (87), etc.
DVD-UDI, pas mieux que LR
Pour la formation centriste, les choses ne sont pas plus simples et les maires UDI voient la même implantation sur ces territoires. 36% des maires UDI ont un député du bloc présidentiel et 25% d’entre eux un député RN. Des communes comme Ambérieu-en-Bugey (01), Oyonnax (01), Laon (02), Épernay (51), Bar-le-Duc (55), Cambrai (59), Béthune (62) ou Saint-Dié-les-Vosges (88) peuvent être menacées par le Rassemblement national. On peut légitimement y ajouter de nombreuses communes estampillées DVD : Soissons (02), Carros (06), Saint-Laurent-du-Var (06), Lézignan-Corbières (11), Marignane (13), Tarascon (13), Montélimar (26), Saint-Gilles (30), Saint-Avold (57), Caudry (59), Marck (62), Chassieu (69), Écully (69), Saint-Cyr-sur-Mer (83), ou bien encore Hautmont (59).
Ainsi, concernant les 459 mairies LR-UDI-DVD recensées, la répartition des députés élus en juin dernier est la suivante :
| Formation politique | Nombre de députés |
| LFI | 52 |
| PC | 6 |
| EELV | 14 |
| PS | 42 |
| REN | 170 |
| LR | 51 |
| RN | 131 |
Un bloc présidentiel plus solide que prévu
Dans notre hypothèse, l’ancienne majorité présidentielle regroupe les maires élus en 2020 sous l’étiquette LREM, MoDem, Horizons ou Agir – hypothèse contestable, reconnaissons-le, puisque nombre de maires ayant rejoint depuis lors le parti d’Édouard Philippe n’apparaissent pas dans ces statistiques. D’abord car ayant été élus en DVD, UDI ou LR, nous les avons laissés avec leur famille politique originelle alors. Ensuite, car nombre de maires DVD n’ont, pour certains d’entre eux, pas fait montre d’une farouche opposition aux deux quinquennats d’Emmanuel Macron, ce qui pourrait être également avancé pour certains de leurs collègues pourtant membres du Parti socialiste ou bien encore des Républicains.
Les frontières furent pour le moins poreuses à cet égard. Et l’on se souvient que lors des dernières municipales, nombreux furent les maires de bien des tendances politiques à être soutenus par les partis politiques de l’ancienne majorité présidentielle quand bien même ils n’y appartenaient pas. Choix tactique que nous avions à l’époque dénommé « la stratégie du coucou ». Il n’empêche que globalement les maires de ce « bloc » présidentiel ont mieux résisté que les autres à l’indéniable et puissante percée du Rassemblement national à l’occasion des dernières législatives.
Parmi celles-ci, relevons toutefois la ville de Nice (06), théâtre d’un affrontement quasi fraternel entre son maire Christian Estrosi et son ancien proche Éric Ciotti qui, lors des dernières législatives, a fait le choix de l’alliance avec le parti de Marine Le Pen. Il convient d’y ajouter les communes de Castelsarrasin (82), Cueurs (83), Roquebrune (83), Digne-les-Bains (04), Bagnols-sur-Cèze (30), Pont-Saint-Esprit (30), Sète (34), Romorantin-Lanthenay (41), Nogent-sur-Oise (60), Vesoul (70), Le Creusot (71), Chaumont (52) ou enfin Autun (71). De l’autre côté du spectre politique, quelques villes « majorité présidentielle » peuvent sembler menacées par LFI qui a pu y obtenir des scores très importants lors des dernières européennes et voir ses candidats élus lors des législatives suivantes – Melun (près de 27% aux européennes)61« Résultats des élections européennes 2024 à Melun », Le Monde., Évry-Courcouronnes (plus de 36% aux européennes)62« Résultats des élections européennes 2024 à Évry-Courcouronnes », Le Monde., Garges-Lès-Gonesse (56% aux européennes)63« Résultats des élections européennes 2024 à Garges-Lès-Gonesse », Le Monde. – ou en faveur du PS à Hérouville-Saint-Clair (plus de 20% aux européennes64« Résultats des élections européennes 2024 à Hérouville-Saint-Clair », Le Monde. et plus de 50% dès le premier tour aux législatives65« Résultats des élections législatives 2024 à Hérouville-Saint-Clair », Le Monde.).
Ainsi, concernant les 89 mairies Agir-DVC-Horizons-Renaissance-MoDem recensées, la répartition des députés élus en juin dernier est la suivante :
| Formation politique | Nombre de députés |
| LFI | 11 |
| PC | 1 |
| EELV | 6 |
| PS | 11 |
| REN | 46 |
| LR | 5 |
| RN | 15 |
Le RN, entre constitution de bastions et conquêtes possibles ?
Pour le RN, la question est simple. Est-il en mesure de prendre des villes, combien et à qui ? La conservation des villes qu’il gouverne aujourd’hui ne fait, à ce stade, guère de doute.
Les municipales de 2020 avaient donné un résultat décevant au regard du score de Marine Le Pen en 2017, avec peu de villes prises, mais des réélections sans encombre des maires RN sortants. Ce scrutin de 2020 avait, avec Perpignan, ville de plus de 100 000 habitants, apporté deux choses. La première était que le front républicain pouvait ne pas fonctionner. La preuve, Louis Alliot fut élu face à une coalition de second tour qui comprenait la quasi-totalité du spectre de gauche et de droite. La seconde était le résultat de ce constat : le plafond de verre pouvait exploser. Pour 2026, les choses sont différentes tant la poussée RN est sans commune mesure : plus de 400 circonscriptions où le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 dépasse les 12,5% des inscrits. Les législatives de 2022 entérinent cette poussée qui s’est poursuivie à l’issue de la dissolution en 2024 où, en dépit du front républicain, le RN progresse de près de 50 sièges, après avoir réalisé un score de plus de 31% aux élections européennes, mettant ainsi la seconde liste à plus de 16 points derrière lui66Site du gouvernement, « Publication des candidatures et des résultats aux élections »..
Sur les dix maires RN, seul le maire de Le Pontet (84) voit une implantation d’un député qui n’est pas du RN mais LFI. À Perpignan, ses trois circonscriptions ont toutes élues des députés RN. Si, aux dix mairies RN, on ajoute Cogolin (83), Béziers (34), Orange (84) et Les Herbiers (85), seule cette dernière commune dont le maire est MPF voit l’implantation d’un député LR. Le RN, même si les maires étiquetés en tant que tels sont peu nombreux, avec l’appui de l’extrême droite commence à constituer quelque chose qui ressemble à des bastions.
Si l’on regarde à l’inverse sur quelles villes les députés RN sont implantés, alors les choses se précisent quant à la possibilité que, en 2026, le RN ne prenne maintes mairies, comme nous l’avons évoqué dans les paragraphes ci-dessus. Ainsi plus de 56% des députés RN sont-ils implantés dans des communes dirigées par des maires LR-UDI-DVD.
Répartition des étiquettes politiques des maires des communes de plus de 10 000 habitants avec un ou une député·e RN
| Divers et sans étiquette (SE) | 2,59 % |
| Gauche | 29,31 % |
| Bloc présidentiel | 6,47 % |
| Droite | 56,47 % |
| Extrême droite | 5,17 % |

Au final de ce rapide survol – qui méritera d’être complété par la suite – d’une entrée dans l’atmosphère des réalités politiques locales, il apparaît que de réelles possibilités se confirment, en se fondant sur les résultats tant des européennes que des législatives de juillet 2024 pour les deux partis qui ont surgi ou confirmé leur développement tout au long de ces dix dernières années : LFI et le RN. Ce qui est somme toute logique dès lors que l’on vient considérer que le leader du premier a manqué de peu, lors des deux dernières échéances présidentielles, le second tour et que celle du second l’a atteint les deux fois ! En réalité, beaucoup dépend des choix stratégiques que l’un comme l’autre vont faire dans les prochaines semaines : partir à la conquête de bastions d’autres formations de gauche pour l’un ; continuer à tailler des « croupières » aux Républicains et aux DVD (mais pas seulement…) pour le second.
Quant au « bloc présidentiel », au-delà de circonstances locales, l’essentiel pour lui résidera dans sa capacité à se rassembler à tout le moins dans les communes que l’une ou l’autre de ses composantes dirige. Faute de quoi, la sanction risque d’être particulièrement lourde. Cela n’empêchera pas évidemment quelques espoirs de (re)conquête mais ils risquent d’être bien moins nombreux que les craintes d’affaissement.
Quant aux socialistes, si les victoires de 2020 ne purent effacer les défaites de 2014, les enjeux seront nombreux : ces municipales constitueront à n’en pas douter un enjeu pour la direction nationale qui sera issue du congrès des prochaines semaines, et ce d’autant plus à quelques encablures de l’échéance reine de la Ve République, l’élection présidentielle. Mais elles constituent également un moment important pour essayer de stopper l’hémorragie que connaît le groupe au Sénat depuis une décennie. À leurs côtés, les communistes devront sauver ce qu’il reste de leur « communisme municipal ».
Enfin, Les Écologistes, au-delà une nouvelle fois des marges de manœuvre très larges conférées aux groupes locaux pour le choix de leurs alliances locales, ils devront essayer de transformer leur essai de 2020. Y parviendront-ils en gérant leurs élus sortants dont les intérêts peuvent diverger d’une commune à l’autre, et en partant à la conquête de villes parfois aux côtés de LFI contre des sortants socialistes et d’autres aux côtés de ces derniers contre des maires sortants de droite ou du « bloc présidentiel » ?
Si ces municipales devraient ainsi se dérouler dans le cadre d’une tripartition fragmentée, il est toutefois à parier que celles-ci préfigureront tout autant un énorme alignement des forces politiques à l’occasion de la prochaine élection présidentielle.
- 1Voici la liste des partis politiques cités dans les tableaux ci-dessous : La France insoumise (LFI), la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), le Parti communiste (PC), Europe Écologie-Les Verts (EELV) aujourd’hui appelé Les Écologistes, Génération·s (G·s), le Mouvement républicain et citoyen (MRC), le Parti socialiste (PS), Divers gauche (DVG), Place publique (PP), le Parti radical de gauche (PRG), Divers centre (DVC), La République en marche, aujourd’hui appelée Renaissance, MoDem (MOD), Agir – la droite constructive (Agir), Horizons (HOR), Divers droite (DVD), Nouveau Centre (NC), Union des démocrates et indépendants (UDI), Les Républicains (LR), Debout la France (DLF), Mouvement pour la France (MPF), le Rassemblement national (RN), Extrême droite (Ext. D.).
- 2Site de l’Assemblée nationale, rubrique « Effectif des groupes politiques », XVIIe législature.
- 3Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Une proportionnelle en trompe-l’œil. Enseignements des élections législatives de juin 2022, Le Bord de l’eau, 2022 ; Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Législatives de 2024 : de la sidération à l’effarement, Fondation Jean-Jaurès, août 2024.
- 4Pour rappel, la liste La France insoumise – Union populaire a fait 9,89% des voix et obtenu 9 sièges au Parlement européen. Voir sur le site du ministère de l’Intérieur, Publication des candidatures et des résultats aux élections européennes 2024.
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- 12
- 13Sofiane Orus Boudjema, « Élections européennes 2024 : les communistes sous la barre des 3% », Le Monde, 9 juin 2024.
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- 23Site du Conseil constitutionnel.
- 24On renverra ici à Jérôme Fourquet, Analyse et géographie des parrainages en faveur des différents candidats à la présidentielle, Fondation Jean-Jaurès, 12 mars 2022 ; et Émeric Bréhier, Les parrains de la République, Fondation Jean-Jaurès, 2 décembre 2021.
- 25Par exemple, Mathilde Panot, Le Figaro, 13 janvier 2025.
- 26Même si, ici, il convient de rappeler que les investitures aux municipales dépendent des groupes locaux, ce qui rend la tâche des responsables nationaux plus ardue.
- 27Rappelons que le groupe à l’Assemblée nationale compte 66 députés dont 4 apparentés, mais que certains députés élus – en désaccord avec l’accord du NFP – avec le soutien du Parti socialiste, ou de certaines de ses figures, appartiennent au groupe LIOT.
- 28Même si, depuis son élection, le maire de Bayonne a rejoint les rangs du parti présidentiel
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- 37À Montataire par exemple, le RN a obtenu 43,10% au premier tour. Cf. « Résultats des élections législatives 2024 à Montataire », Le Monde.
- 38Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Régionales et départementales : une synthèse de la vie politique française, Fondation Jean-Jaurès, 5 juillet 2021.
- 39Pour rappel, la liste Europe Écologie de Marie Toussaint a fait 5,5% des voix.
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- 56Site du gouvernement, « Élection présidentielle 2022 : les résultats du premier tour ».
- 57Site du ministère de l’Intérieur, « Publication des candidatures et des résultats aux élections ».
- 58Voir Élections européennes 2019 : les résultats, Vie publique, 30 mai 2019.
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- 66Site du gouvernement, « Publication des candidatures et des résultats aux élections ».
